Discours des petits-enfants
Tout en vous remerciant d’être présent ce jour auprès de nous pour honorer la mémoire de notre cher grand-père, et plutôt que de revenir avec vous sur les vacances à la Panouse, les bains militaires et tous les souvenirs que nous avons, j’aimerais plutôt vous soumettre un problème.
Ce problème est un problème qui nous occupe depuis des années, seuls les plus proches de notre papi pourraient peut-être nous donner la réponse que nous cherchons. Une énigme qui nous est maintenant laissée comme un héritage.
Ce problème j’y viens, voici, écoutez bien, je ne le répéterai qu’une fois :
3*6 = 18 et 4 = 20 !
Je reprends : 3*6 = 18 et 4 20.
Une solution devant ? Non ? Derrière non ? Toujours pas. Dommage. Nous resterons sur une énigme alors. Je suppose que la réponse est donc dans la poche de son par-dessus. Avec beaucoup d’autres choses. Ce par-dessus, parlons-en. Il y avait tant de chose dans la poche de ce par-dessus… Nous cherchions quelque chose ? Papi nous envoyait chercher dans la poche du par-dessus. Je suppose qu’elle devait être trop encombrée pour nous puisque nous n’y trouvions que rarement ce que nous cherchions.
Mais à priori, d’après papi, on pouvait tout y trouver. Enfin presque tout : il ne nous y a jamais envoyé chercher ses futures petites-belles-filles. Là il y avait deux options, parce que papi avait grand souci de s’assurer que ses petits-fils fassent un beau mariage : quand est-ce que tu présentes Manon/ Caroline/Eva/ *** ? Personne ne savait qui était cette Manon, Caroline, Eva…, mais il fallait en tout cas que ce soit une jeune fille, belle, riche, et intelligente, ou alors…. Ou alors la fille du colonel…
C’était évidemment une question qui revenait à chaque réunion, quelques-uns semblent l’avoir trouvée... C’était alors l’occasion d’un grand mariage où le photographe officiel devait faire face une concurrence rude et déloyale puisque sans frais : papy devenait le photographe de chaque événement. Un vrai paparazzi, pardon, papirazzi. Et il n’en est pas resté là : n’a-t-il pas cherché à transmettre cette passion à ses petits-enfants ? En tout cas aux premiers, à une époque où c’étaient encore des pellicules, il leur a tous offert un premier appareil photo sans prétention. De quoi commencer.
La photographie, ce n’était pas sa seule passion, papy avait son côté artiste : photographie, on l’a dit, peinture, dessin, jeu d’échec. Les murs de la salle-à-manger sont couverts de ses tableaux.
Je parle, je parle, mais en fait il commence à faire soif. Que devrions-nous prendre ? Si l’on écoute papi, c’est une non-question. Un pied-noir ça boit une anisette. Jean-Claude, celui de l’armée secrète aurait aussi pu vous l’expliquer. On parlait de dessin, a-t-on parlé de ses livres et du moulin de Goult ?
Si on boit il faudrait aussi manger. La phrase suivante vous la connaissez certainement : quando se come aqui ? Vous ne l’aviez pas ? Etonnant. Vous pensiez peut-être qu’il aurait chanté : « Faismoi du couscous, chérie, fais-moi du couscous » ? Il aurait pu, mais attention sur le chant. Chanter, si ce n’est pas le chant des africains, c’est dangereux.
Comment dangereux ? Oui je vous le dis. Ça y est ça commence à chanter…. Vous commencez comme ça, puis vous envoyez avec le valet, ou l’inverse, non ? Je parle de belotte bien sûr. Al saber el dicen suerte. Le talent, ils appellent ça de la chance… Il nous a appris à prendre le valet tournant, il ne le prend pas lui-même. Je tchatche, un peu trop. S’il m’écoutait il aurait dit que « ce n’est pas la parlante ».
Je passe donc la main, Olivier va sûrement vous parler d’un grand débat. Quand l’anisette ne suffit plus, il a deux autres options : le tour en bateau, ou le tour dans la piscine.
Le bateau, beaucoup d’histoires de la génération précédente, mais le permis de papy nous a permis de louer des bateaux à son nom encore ces dernières années. Et la piscine, vous êtes déjà venu chez papi ? Avez-vous vu la piscine ? Non… C’est qu’on n’a pas réussi à convaincre notre grand-père. L’évacuation de la piscine, est là, mais pas le reste. Dommage pour tous les plans sur la comète des petits-enfants, et le requin-baleine qui ne pourra jamais nager à la Panouse.
Un requin-baleine ?!! A la Panouse ?! Oui l’idée est sérieuse. Tous les petits-enfants ont fait block. Pourquoi ? Et bien avez-vous déjà vu un dauphin dans une piscine ? Nous si. A la Panouse, dans la piscine du voisin il y a eu un dauphin pendant des années. Si, si. Il y a même des photos avec Xavier et le dauphin.
Comment ? Papy à la pointe de la désinformation ? Non, je ne veux pas le croire, malgré sa maîtrise de photoshop (ne me parlez pas des photos mal cadrées dans le calendrier annuel, cet incident n’a rien à voir). C’était donc certainement un vrai dauphin. Donc dans notre piscine il fallait évidemment un requin-baleine, un vrai. Ça sonnait mieux. Mais papy n’a pas voulu. Il n’y a pas eu de piscine.
Il n’y a pas eu de piscine… par contre tous les ans à Noël il y avait la crèche au pied du sapin, à côté de la cheminée. C’était papy qui la montait tous les ans, et se réjouissait de voir ses petits enfants s’accroupir devant et passer des heures à la regarder, avec son petit moulin (celui de Goult ?), ses fontaines, les ponts, et tous les santons.
Les santons, en y repensant je me demande encore pourquoi il n’y en a jamais eu un seul aux couleurs de l’OM… Incontournable fan, qui nous mis tous les ans devant la télé pour regarder l’OM jouer, mais qui aussi était bien remonté contre l’absence de résultats concrets de l’équipe marseillaise. Si déçu qu’en 2011-2012, lorsque l’OM était en final, il a osé mettre un maillot de l’OL ! Terrible ! Il pensait que Marseille perdrait… étonnement c’était une victoire pour Marseille.
Quand donc verrons-nous Marseille gagner à nouveau ? Papy répondrait demain. Demandez-lui le lendemain, il répondrait encore demain. Comme le coiffeur qui coupe gratis, mais demain, ou la partie de Loups-garous que nous attendons encore… Ce sera pour demain.
Papy, tous tes petits-enfants te disent donc : à « demain » !